#3 L’onde de choc

Perrine a 30 ans. Elle est architecte d’intérieur spécialisée en Feng shui et créatrice textile et elle souligne qu’elle a la chance de vivre de ses deux passions. Et précise, d’emblée, qu’elle est en couple avec une merveilleuse femme.

Peux-tu nous parler de ce qui s’est passé pour toi le 22 mars 2016?
Le 22 mars 2016, je suis allée conduire ma maman et ma tante à l’aéroport de Zaventem pour qu’elles prennent l’avion pour aller à l’enterrement de leur soeur près de Boston.
Elles étaient bouleversées par ce décès et je les ai donc accompagnées à l’intérieur pour faire le check-in afin de les soutenir.
A peine la porte de l’aéroport franchie, nous avons entendu une première explosion. Je n’ai pas du tout pris ce bruit au sérieux, croyant a un objet lourd qui venait de tomber. C’est à la deuxième explosion, à quelques mètres de nous que j’ai réalisé ce qu’il se passait. Je n’ai alors pensé qu’à une chose, courir, afin d’éviter toute potentialité que des hommes armés ne débarquent. J’ai jeté le sac de voyage que je tenais en main pour empoigner ma maman et ma tante et on a essayé de se frayer un chemin à travers la foule et les sacs qui jonchaient le sol. Je ne me suis pas retournée à un seul instant, je me suis juste mise comme objectif de nous faire sortir toutes les trois saines et sauves. Lorsque tout le monde a couru à droite vers la pompe à essence, par instinct, j’ai couru à gauche, vers un arbre, au pied duquel nous nous sommes posées quelques instants afin de contacter nos familles avant qu’elles n’entendent les news et qu’elles ne s’inquiètent.
Nous avons ensuite rejoint la garde de Zaventem à pied et mon cousin est venu nous y chercher.
Jusqu’à ce que je sois chez moi saine et sauve, je n’ai pas réalisé ce qu’il se passait, sans doute du à l’adrénaline. C’est seulement au moment où je me suis posée chez moi,seule que j’ai réalisé ce que je venais de vivre.
Pendant toute la durée de cette aventure, j’étais complètement lucide, dans le contrôle de la situation et pas dutout apeurée.J’étais certaine que l’on allait s’en sortir. C’est le contre-coup par après qui a été très difficile. Le yoga et l’hypnose m’ont aidés à très vite me remettre sur pied.

Est-ce que tu t’imaginais un jour vivre un tel événement / survivre à un tel événement?
Je ne me suis jamais réellement posé la question, mais je crois que étant donné la proximité ces dernières années de ce genre d’événements, inconsciemment, on est déjà un peu préparés.
Pas une seconde je ne me suis imaginée que je ne survivrais pas. Je ne sais pas si c’est pas personnalité positive ou de la naïveté, mais la question ne s’est même pas posée. Je me suis sentie comme pendant une virée scout, cette sensation de mission je la connaissais déjà un peu grâce aux mouvements de jeunesse, mais là c’était en vrai.

Y a-t-il eu un avant 22 mars et un après 22 mars?
Complètement. Radicalement.
C’est d’ailleurs la première question que je me suis posée en passant la porte de sortie de l’aéroport « pour quelle raison suis-je en train de vie ceci ».
La relation avec mon père qui était tendue depuis plusieurs mois s’est améliorée radicalement. La peur d’avoir risqué de perdre quelqu’un qu’on aime est plus forte que tout.
Ma relation à la vie a aussi beaucoup changé. J’étais déjà dans un chemin de développement personnel depuis plusieurs années, mais cet événement m’a fait faire un sacré bon en avant dans mon travail sur moi et dans mes choix de vie.
Suite à l’attentat, j’ai renoncé à un CDI que mon boulot me proposait, car je sentais que je ne me respectais pas dans se travail. Je ne respectais ni ma santé, ni ma vie privée, ni mes valeurs. Quand tout peut se terminer en en claquement de doigts, la sécurité d’un emploi fixe n’a vraiment plus d’importance.
Je me suis donc lancée comme freelance et j’ai commencé à faire confiance à mon intuition, à l’univers, à ma force intérieur, appelez cela comme vous voulez. Mais j’ai commencé à avoir confiance en la vie. En me disant que tout ce qui arrive est toujours pour un mieux. J’en ai eu une preuve si impressionnante en vivant cet attentat traumatisant et violent qui finalement a aidé en un instant à régler des mois de confits avec mon père qui me rendaient extrêmement tristes.
Cette manière différente d’appréhender la vie a vraiment tout changé. Ma relation à la mort a changé aussi, du moins à ma mort. Je me rends davantage compte qu’il y’a encore beaucoup beaucoup de choses que j’aimerais réaliser avant de mourir. Je n’ai donc pas de temps à perdre à faire des choses qui ne font pas partie de mes plans et qui ne me font pas plaisir, juste dans la peur d’être dans le besoin. Quand on change de point de vue et qu’on renonce à des choses qui ne nous font pas plaisir, on laisse de la place pour des choses qui nous conviennent et que l’on veut vraiment. Tout est une question de place et de confiance, je crois.

Si tu pouvais revenir en arrière et changer le passé, tu changerais la date de ton vol pour éviter d’avoir à vivre cela?
Pas un instant je ne changerais quoique ce soit dans ce qu’il s’est pas. J’ai tiré bcp de leçons de tout cela et ce de manière radical. J’avais sans doute besoin d’être secouée un coup pour prendre conscience …

As-tu ressenti un élan de « quelque chose » suite aux attentats, et si oui qu’en reste-t-il aujourd’hui?
Un élan de bonheur d’être envie. Une envie encore plus grande de passer du temps avec ceux que j’aime et de ne pas les sacrifier pour du travail pour des gens que je ne connais pas ou pour qui le moteur est uniquement l’argent. Mon besoin d’éthique dans tout ce que je fais est devenu chronique et c’est dur de faire marche arrière.

Te sens-tu isolée ou soutenue?
J’ai été super soutenue par toute ma famille, amis, etc. Mais je me suis très vite prise en main pour voir le côté positif de la situation et faire ce qu’il fallait pour laisser cet événement derrière moi.

Est-ce un sujet dont on parle assez? Pas assez? Que faudrait-il plus, moins, mieux faire par rapport à cela?
On parle certainement assez des attentats, même peut être trop. Si on croit un minimum à la loi de l’attraction, on aurait même envie de dire qu’il faut arrêter d’en parler. Mais ce serait sans doute hypocrite.
Je ne sais pas quoi répondre à cela, je crois que chacun vit les choses à sa manière. Mais il est certain qu’un même événement est vécu par chacun de manière totalement différente. Je crois qu’il ne faut pas négliger l’effet traumatisant de ce genre d’événement et à quel point les thérapies tel l’hypnose (EMDR) peuvent vraiment sauver de la paranoïa. Donc, oui, un suivit post-traumatique qualitatif devrait être mis en place automatiquement. Personnellement, je ne sais pas si je serais si positive et si bien dans mes baskets à l’heure actuelle si je n’avais pas suivi cette thérapie post-traumatique.

Reste-t-il quelque chose de cet événement dans ta vie quotidienne? Si oui, quoi?
Le goût de la vie. L’envie de faire uniquement des choses en lesquelles je crois et desquelles je peux être fière. Et surtout cette fameuse phrase de Ghandi « sois le changement que tu veux voir dans le monde. » Je ne veux pas voir de haine dans le monde, donc je m’efforce de ne pas avoir de haine envers les malheureux qui commettent ces actes absurdes. J’essaye d’être emphatique et de me convaincre qu’ils souffrent. Du coup, j’essaye d’être cohérente dans chaque acte que je pose, dans chaque relation. C’est presqu’un job 😉
Mais c’est incroyable comme les choses roulent facilement quand on va dans la bonne direction. On ne doit pas se battre et souffrir, ça c’est une vieille mauvaise blague judéo-chrétienne (pas dutout drôle d’ailleurs). On peut juste être et faire les choses avec le cœur et ça marche aussi.

Qu’est ce qui t’inspire dans ta vie de tous les jours aujourd’hui?
Mes aspirations profondes et comment je voudrais que le monde soit. Alors j’essaye de mettre ma mini pierre à l’édifice en me disant que c’est déjà ça et que c’est déjà super.

Qu’est ce qui est important pour toi, aujourd’hui?
L’éthique, l’amour, le beau dans tout et partout. Le fait de faire de chaque moment un beau moment même si on doit avaler une grosse, grosse grenouille. Essayer de trouver satisfaction et bonheur dans chaque petite chose de la vie.

Selon toi, qui illustre le mieux le mot « succès » ou « réussite »
Selon moi, réussir c’est être heureux au quotidien dans chaque petite chose. La vie n’a pas un but, une finalité, un objectif. Car sinon, quand on l’a atteint, qu’est-ce qu’il reste?
Selon moi, réussir, c’est pouvoir être heureux au quotidien et faire toujours les choses avec conscience. Ne pas devoir faire des sacrifices, mais pouvoir vivre selon ses valeurs au quotidien. Étre entourés de gens merveilleux qui nous apprennent à évoluer. Faire un travail qui met à l’épreuve notre créativité au sens large du terme. Rêver, rêver, rêver… et être conscient que les rêvent deviennent toujours réalité si c’est ce qui est bon pour nous.
En gros, la réussite, c’est être conscient toujours qu’on est au bon endroit au bon moment et être heureux de cela quoi qu’il arrive.

Quel événement / personnage t’a marqué ces 12 derniers mois
Ces derniers mois, il y’a sans doute, parmi d’autre Lise Bourbeau, Barefoot Doctor, Jean Jacques Crevecoeur. Il y’a aussi Marion Kaplan… Je lis beaucoup et je découvre tous les jours des gens inspirant qui sortent du cadre.
En gros, ce qu’ils ont tous en commun, c’est qu’ils sont tous hors normes. J’adore ça. Et ils sont la preuve vivante que lorsqu’on est passionnés et dans notre chemin de vie, ça marche. J’adore leurs philosophies, leurs coups de gueule contre les conditionnements, les limitations, etc. Ils m’aident tous beaucoup.

Quel livre as-tu offert récemment?
« écoute ton corps de lise bourbeau ». Un petite merveille.

Que donnerais-tu comme conseil à la « jeune Perrine, celle d’il y a 5 ou 10 ans?
Ne change rien, tu dois passer par toutes ces étapes pour devenir celle que tu es maintenant et celle que tu seras dans 10, 20 ans…