#5 Syrie, l’autre regard


Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Myrna Nabhan, je suis née en Belgique d’une rencontre entre le Maghreb et le Levant, j’ai grandi un pied au Moyen-Orient et l’autre en Europe et toutes ces différentes cultures dans le cœur.

Tu as grandi entre plusieurs pays, plusieurs cultures, comment définis-tu ton « home »? Où et avec qui te sens-tu chez toi ? 

J’ai longuement eu du mal avec ce concept de « home » justement…plus jeune j’avais du mal à me décider ou c’était vraiment chez moi, quand j’étais à Bruxelles, Damas me manquait, quand j’étais à Damas je pensais au Maroc et quand j’étais au Maroc, je me demandais quand est ce que je rentrerais à Bruxelles. Puis un jour en lisant une magnifique citation de Naguib Mahfouz qui dit « Le « home » n’est pas là où vous êtes nés ; mais c’est là où cessent toutes vos tentatives d’échapper à l’évasion’ j’ai finalement compris que justement mon home, c’est toutes ces différentes identités et cultures et que je n’avais pas à choisir entre l’une d’elle… Que mon home c’était à la fois ma vie bruxelloise ou j’ai vis mes plus belles années en tant que jeune adulte (lol je me rajeunis, je peux ? :p), aussi bien que le Maroc ou je passais mes vacances étant enfant mais que j’ai re-decouvert il y a peu en m’installant la bas un an pour raisons professionnelles ce qui m’a permis de renouer avec mes racines maternelles, que Damas qui m’ a vue grandir et qui m’accueille toujours à bras ouverts dès que je reviens.

Pourquoi as-tu choisi des études en sciences politiques ? 

Ayant grandi au Moyen-Orient, il n y a rien à faire mais on grandit avec la géopolitique. Par ex j’ai des bribes de souvenirs de masque à gaz entre les mains alors que je devais avoir 3 ans parce que c’était la guerre du golfe, ou bien en étant ado de suivre l’invasion de l’Irak minute par minute et de voir les irakiens déplacés par la guerre accueillis en Syrie, ou encore le conflit israélo-arabe avec lequel on grandit en toile de fond.  Bref je pense que tous ces évènements dans l’histoire et bouleversements dans la région ont forgé au fur et à mesure ma conscience politique. Il se passe tellement de choses dans cette partie du monde, que j’ai voulu les comprendre je pense…  Et puis en plus, j’ai un papa passionné de politique internationale, je pense qu’il m’a aussi transmis le virus, il nous arrive de rester des heures à parler et débattre sur tout ça, donc ça aggrave encore plus mon cas 

Qu’as-tu fait après tes études ?

Avec mon master en relations internationales en poche, je pensais repartir pour la Syrie pour travailler dans le domaine du développement. Mais c’était sans compter que l’année ou j’ai obtenu mon diplôme, la guerre a commencé en Syrie… Depuis ces 6 dernières années, mon Monde a changé depuis le déclenchement de cette guerre qui n’épargne rien ni personne. J’ai commencé à écrire sur le sujet en me rendant sur place à plusieurs reprises, puis j’ai commencé à être publié et à me spécialiser de plus en plus sur ce conflit interminable au fur et à mesure qu’il se complexifiait.

Quand et pourquoi t’es-tu décidée à faire un film ? On s’improvise réalisatrice ? Comment ça s’est passé ?

Rien ne me destinait à faire un film mais la guerre qui fait rage en Syrie est devenue une part intégrante de moi-même. Au fil des mois, je me suis rendu compte que ce qui s’y passait me hantait et m’obsédait de plus en plus. Il y a quelque chose de tellement fort et d’indescriptible qui me rattache à la Syrie et qui m’a poussé à me rendre là-bas à plusieurs reprises durant les premières années du conflit. Mais de chaque voyage là-bas, je revenais très affectée. Derrière mes sourires se cachait une mélancolie permanente et un sentiment d’impuissance de plus en plus difficile à gérer. Je m’en voulais de vivre en sécurité ici, et de pouvoir fermer les yeux quand je n’en pouvais plus de voir ce cauchemar la bas. La seule chose qu’il m’était possible de faire dans ces circonstances était de tenter de retranscrire la souffrance de ce pays pour que peut-être d’autres ici puissent la ressentir. Mais très vite les mots se sont avérés insuffisants et ne parvenaient plus à exprimer l’étendue de la réalité de terrain. Aucun mot, aucun sentiment n’étaient assez fort pour exprimer ce que je ressentais. Je faisais tout mon possible pour expliquer mais le flux constant d’images de guerre et d’horreur dans les médias me semblaient déconnectées des réalités humaines sur place. J’ai donc décidé de tout plaquer, d’embarquer une caméra dans mes valises et de partir à la recherche de ces images manquantes de nos écrans de télévisions pour réaliser un documentaire et donner la parole à ceux qu’on n’entend pas.   (recyclage du TED mais ce sera plus spontané quand on en parlera  )

Tu écris régulièrement pour le HP, tu animes une émission radio, as-tu encore d’autres projets professionnels ? 

Oui !! Je suis en train de préparer un livre-photo sur Alep actuellement, et en parallèle je lance ma société de consultance sur le monde arabe (a développer à l’oral)

La situation au Moyen-Orient est d’une extrême complexité, si tu pouvais la résumer en 2 minutes, que dirais-tu ?

Je dirais que justement si on vous explique le Moyen-Orient et que vous arrivez à le comprendre, c’est que l’on vous l’a surement mal expliqué !  Plus sérieusement pour ne pas me lancer dans une explication qui dépasserait largement les 2 minutes je dirais juste que le Moyen-Orient est le carrefour de toutes les civilisations mais aussi malheureusement le carrefour de toutes les convoitises.

Quelle(s) issue(s) pour ce conflit ? 

Grandes puissances doivent faire pression sur les belligerants, cessez-le-feu, negociations politiques, elections sous egide de l’ONU et transition politique   (resolution 2254) (developper)

Nous sommes inondés d’images et d’infos venant de Syrie, après Alep qui fut sous le feu (et pas que des projecteurs), on parle maintenant de la province du Ghouta, c’est compliqué pour nous européens de distinguer les vrais enjeux de cette bataille, peux tu nous en dire un mot?

Ce qui se passe dans la Ghouta, comme à Alep, ou encore à Homs tout au long de ce conflit,  c’est un affrontement entre une armée régulière et divers groupes armés dont l’allégeance aux idéaux démocratiques est loin d’être évidente. La guerre urbaine est la pire des guerres, parce qu’au cœur de ces conflits il y a les civils, que chaque partie instrumentalise pour défendre son propre agenda. (a developper)

Si tu pouvais présider un conseil de l’Onu, que donnerais-tu comme consignes, à quels pays?

Je recommanderais aux membres du Conseil de Sécurité de mettre leurs intérêts nationaux de côté et d’agir de manière coordonnée pour soutenir réellement les efforts de paix dans les pays ravagés par les conflits comme la Syrie, le Soudan du Sud, ou le Yémen…

Être une femme en Europe, en Belgique, en France, au MO,… même combat ?

Vu qu’hier c’était la journée internationale des droits des femmes, ça nous rappelle qu’être une femme aux quatre coins du monde reste un combat. Certes à des degrés différents dans les différentes sociétés.  Dans les societes plus traditionnelles comme on peut retrouver au MO c’est assez paradoxal car la loi donne des droits, mais tres souvent c’est la société les empêche de les obtenir. On est dans des societes ou se cotoient encore les mariages tradionnels, ou le poids des traditions brident l’emancipation des femmes car c’est encore ancrés dans les mœurs mais qui parallèlement transpire une modernité qu’on ne s’imagine pas. ( a dev)

Quelles sont les femmes et ou les hommes qui t’inspirent dans ta vie de tous les jours?

Bizarrement je ne suis pas vraiment le genre à être nécessairement inspirée par des personnes, mais vraiment plus par des initiatives. Par des projets qui bousculent les lignes

C’est quoi ton souvenir le plus terrifiant ? Et a contrario le plus extraordinaire?

Terrifiant : alep

Extraordinaire : d’avoir réussi a transmettre les memes emotions et les partager via tedx et film par exemple  (a developper)

Comment te vois-tu dans 5-10 ans ?

Honnêtement je ne sais absolument pas…comme il y a 5 ans je ne m’attendais pas à ce que ma vie prenne cette direction et que cela m’ait poussé à réaliser des choses auxquelles je n’avais même pas pensé ou que je ne pensais pas capable de pouvoir réaliser. Je n’ai pas de plan préétabli pour ma vie, j’ai des objectifs mais pas de plans. C’est vraiment les circonstances de la vie et les rencontres sur mon chemin qui guident mes choix personnels et professionnels.

Un rêve que tu souhaites encore réaliser serait…

Fonder une famille (je reste une orientale hein :p)

Pour quoi es-tu le plus reconnaissante dans ta vie aujourd’hui ?

D’être en sécurité et de pouvoir profiter de la vie. En passant du temps là-bas, parfois dans des conditions très dures, j’ai appris ce qu’est vraiment la peur quand les tirs déchirent les airs, l’insécurité quand les jours ressemblent à la nuit, ou encore le sentiment de manque quand on n’a plus accès aux besoins les plus basiques auxquels devrait avoir droit n’importe quel être humain sur Terre. On réalise l’importance de choses que l’on prend pour acquises.  

Quel livres as-tu lu ou offert récemment ?

Je suis actuellement entrain de relire les Désorientés de Amin Maalouf, un des livres qui m’a le plus marqué et inspiré dans mes projets.

C’est quoi une moment « de bonheur parfait » pour toi?

Quand je prends mon café le matin et que personne me fait chier (lol je dirais pas ca comme ca) , ou la version non-ecolo friendly dans mon bain moussant à regarder un film (j’ai une liste tellement longue de films à rattraper)

Quels podcasts écoutes-tu ? 😉

L’Orient Express, et tes podcast bien sur Sophie ! 😀

Que donnerais-tu comme conseil à la « jeune » Myrna celle d’il y a 5 ou 10 ans?  

De ne jamais perdre espoir et de ne pas baisser les bras face aux échecs parce que généralement quand une porte se ferme c’est parce qu’une autre nous est entrouverte, et de continuer de faire confiance à la vie pour atteindre ses rêves. Ayant grandi au Moyen-Orient, il n y a rien à faire mais on grandit avec la géopolitique. Par ex j’ai des bribes de souvenirs de masque à gaz entre les mains alors que je devais avoir 3 ans parce que c’était la guerre du golfe, ou bien en étant ado de suivre l’invasion de l’Irak minute par minute et de voir les irakiens déplacés par la guerre accueillis en Syrie, ou encore le conflit israélo-arabe avec lequel on grandit en toile de fond.  Bref je pense que tous ces évènements dans l’histoire et bouleversements dans la région ont forgé au fur et à mesure ma conscience politique. Il se passe tellement de choses dans cette partie du monde, que j’ai voulu les comprendre je pense…  Et puis en plus, j’ai un papa passionné de politique internationale, je pense qu’il m’a aussi transmis le virus, il nous arrive de rester des heures à parler et débattre sur tout ça, donc ça aggrave encore plus mon cas ( :p)

4. Qu’as-tu fait après tes études ?
Avec mon master en relations internationales en poche, je pensais repartir pour la Syrie pour travailler dans le domaine du développement. Mais c’était sans compter que l’année ou j’ai obtenu mon diplôme, la guerre a commencé en Syrie… Depuis ces 6 dernières années, mon Monde a changé depuis le déclenchement de cette guerre qui n’épargne rien ni personne. J’ai commencé à écrire sur le sujet en me rendant sur place à plusieurs reprises, puis j’ai commencé à être publié et à me spécialiser de plus en plus sur ce conflit interminable au fur et à mesure qu’il se complexifiait.

5. Quand et pourquoi t’es-tu décidée à faire un film ? On s’improvise réalisatrice ? Comment ça s’est passé ?
Rien ne me destinait à faire un film mais la guerre qui fait rage en Syrie est devenue une part intégrante de moi-même. Au fil des mois, je me suis rendu compte que ce qui s’y passait me hantait et m’obsédait de plus en plus. Il y a quelque chose de tellement fort et d’indescriptible qui me rattache à la Syrie et qui m’a poussé à me rendre là-bas à plusieurs reprises durant les premières années du conflit. Mais de chaque voyage là-bas, je revenais très affectée. Derrière mes sourires se cachait une mélancolie permanente et un sentiment d’impuissance de plus en plus difficile à gérer. Je m’en voulais de vivre en sécurité ici, et de pouvoir fermer les yeux quand je n’en pouvais plus de voir ce cauchemar la bas. La seule chose qu’il m’était possible de faire dans ces circonstances était de tenter de retranscrire la souffrance de ce pays pour que peut-être d’autres ici puissent la ressentir. Mais très vite les mots se sont avérés insuffisants et ne parvenaient plus à exprimer l’étendue de la réalité de terrain. Aucun mot, aucun sentiment n’étaient assez fort pour exprimer ce que je ressentais. Je faisais tout mon possible pour expliquer mais le flux constant d’images de guerre et d’horreur dans les médias me semblaient déconnectées des réalités humaines sur place. J’ai donc décidé de tout plaquer, d’embarquer une caméra dans mes valises et de partir à la recherche de ces images manquantes de nos écrans de télévisions pour réaliser un documentaire et donner la parole à ceux qu’on n’entend pas. 6. Tu écris régulièrement pour le HP, tu animes une émission radio, as-tu encore d’autres projets professionnels ?
Oui !! Je suis en train de préparer un livre-photo sur Alep actuellement, et en parallèle je lance ma société de consultance sur le monde arabe (a développer à l’oral)

7. La situation au Moyen-Orient est d’une extrême complexité, si tu pouvais la résumer en 2 minutes, que dirais-tu ?
Je dirais que justement si on vous explique le Moyen-Orient et que vous arrivez à le comprendre, c’est que l’on vous l’a surement mal expliqué !  Plus sérieusement pour ne pas me lancer dans une explication qui dépasserait largement les 2 minutes je dirais juste que le Moyen-Orient est le carrefour de toutes les civilisations mais aussi malheureusement le carrefour de toutes les convoitises.

8. Quelle(s) issue(s) pour ce conflit ?
Grandes puissances doivent faire pression sur les belligerants, cessez-le-feu, negociations politiques, elections sous egide de l’ONU et transition politique   (resolution 2254) (developper)

9. Nous sommes inondés d’images et d’infos venant de Syrie, après Alep qui fut sous le feu (et pas que des projecteurs), on parle maintenant de la province du Ghouta, c’est compliqué pour nous européens de distinguer les vrais enjeux de cette bataille, peux tu nous en dire un mot?
Ce qui se passe dans la Ghouta, comme à Alep, ou encore à Homs tout au long de ce conflit,  c’est un affrontement entre une armée régulière et divers groupes armés dont l’allégeance aux idéaux démocratiques est loin d’être évidente. La guerre urbaine est la pire des guerres, parce qu’au cœur de ces conflits il y a les civils, que chaque partie instrumentalise pour défendre son propre agenda. (a developper)
Si tu pouvais présider un conseil de l’Onu, que donnerais-tu comme consignes, à quels pays?
Je recommanderais aux membres du Conseil de Sécurité de mettre leurs intérêts nationaux de côté et d’agir de manière coordonnée pour soutenir réellement les efforts de paix dans les pays ravagés par les conflits comme la Syrie, le Soudan du Sud, ou le Yémen…

Être une femme en Europe, en Belgique, en France, au MO,… même combat ?
Vu qu’hier c’était la journée internationale des droits des femmes, ça nous rappelle qu’être une femme aux quatre coins du monde reste un combat. Certes à des degrés différents dans les différentes sociétés.  Dans les societes plus traditionnelles comme on peut retrouver au MO c’est assez paradoxal car la loi donne des droits, mais tres souvent c’est la société les empêche de les obtenir. On est dans des societes ou se cotoient encore les mariages tradionnels, ou le poids des traditions brident l’emancipation des femmes car c’est encore ancrés dans les mœurs mais qui parallèlement transpire une modernité qu’on ne s’imagine pas. ( a dev)
Quelles sont les femmes et ou les hommes qui t’inspirent dans ta vie de tous les jours?
Bizarrement je ne suis pas vraiment le genre à être nécessairement inspirée par des personnes, mais vraiment plus par des initiatives. Par des projets qui bousculent les lignes

C’est quoi ton souvenir le plus terrifiant ? Et a contrario le plus extraordinaire?
Terrifiant : alep
Extraordinaire : d’avoir réussi a transmettre les memes emotions et les partager via tedx et film par exemple  (a developper)

Comment te vois-tu dans 5-10 ans ?
Honnêtement je ne sais absolument pas…comme il y a 5 ans je ne m’attendais pas à ce que ma vie prenne cette direction et que cela m’ait poussé à réaliser des choses auxquelles je n’avais même pas pensé ou que je ne pensais pas capable de pouvoir réaliser. Je n’ai pas de plan préétabli pour ma vie, j’ai des objectifs mais pas de plans. C’est vraiment les circonstances de la vie et les rencontres sur mon chemin qui guident mes choix personnels et professionnels.

Un rêve que tu souhaites encore réaliser serait…
Fonder une famille (je reste une orientale hein :p)

Pour quoi es-tu le plus reconnaissante dans ta vie aujourd’hui ?
D’être en sécurité et de pouvoir profiter de la vie. En passant du temps là-bas, parfois dans des conditions très dures, j’ai appris ce qu’est vraiment la peur quand les tirs déchirent les airs, l’insécurité quand les jours ressemblent à la nuit, ou encore le sentiment de manque quand on n’a plus accès aux besoins les plus basiques auxquels devrait avoir droit n’importe quel être humain sur Terre. On réalise l’importance de choses que l’on prend pour acquises.
Quel livres as-tu lu ou offert récemment ?
Je suis actuellement entrain de relire les Désorientés de Amin Maalouf, un des livres qui m’a le plus marqué et inspiré dans mes projets.

C’est quoi une moment « de bonheur parfait » pour toi?
Quand je prends mon café le matin et que personne me fait chier (lol je dirais pas ca comme ca) , ou la version non-ecolo friendly dans mon bain moussant à regarder un film (j’ai une liste tellement longue de films à rattraper)

Que donnerais-tu comme conseil à la « jeune » Myrna celle d’il y a 5 ou 10 ans?
De ne jamais perdre espoir et de ne pas baisser les bras face aux échecs parce que généralement quand une porte se ferme c’est parce qu’une autre nous est entrouverte, et de continuer de faire confiance à la vie pour atteindre ses rêves.